Travaillant actuellement à Lugano (L1 suisse) après deux saisons passées au Grasshopper Zurich, l'ancien préparateur physique des Verts et du Stade Rennais Nicolas Dyon nous dit pourquoi il aime'Vila.


Nico, te souviens-tu des débuts en pro de Yann M’Vila ?
Comme si c’était hier ! Je suis arrivé au Stade Rennais avec Frédéric Antonetti en juin 2009. Alors que nous étions en stage de pré-saison à Carnac, Pierre Dréossi a annoncé à Fred que Yann, qui venait tout juste d’avoir 19 ans, allait être prêté en Ligue 2 pour s’aguerrir. Nous avons joué l’après-midi en match amical et Fred a demandé dans la foulée à ce que Yann reste cinq jours de plus. Passé ce délai, Fred a refusé que Yann soit prêté. Lors de la deuxième journée, on jouait à Nice. Notre numéro 6, le Japonais Inamoto, s’est fait expulser, du coup Yann a joué le dernier quart d’heure. Il n’est plus sorti de l’équipe. Il a alors enchaîné trois saisons avec nous devant la défense, avec le succès que l’on connaît…

Comment décrirais-tu Yann ?
Déjà il faut souligner que Yann est un joueur qui aime fondamentalement le football. Yann aime le jeu. Yann aime l’entraînement. Je ne l’ai jamais vu râler ou se plaindre de l’entraînement. C’est un joueur qui a beaucoup de qualités, à commencer par ses fameuses passes. La passe « Ligue des champions » comme aimait à le dire Fred. Yann voit des angles de passe que les autres joueurs ne voient pas. Il voit avant les autres et mieux que les autres ! C’est qui fait sa force. Il excelle en sentinelle et sait être un relais parfait entre la défense et l’attaque.

Physiquement, quel regard d’expert portes-tu sur Yann ?
C’est l’un de ses atouts. Yann est fort physiquement aussi quand il est en forme ... Et ça je ne peux pas l'affirmer aujourd’hui car je ne connais pas son niveau de forme depuis 2013. Au Stade Rennais, en tout cas, c’était un athlète fort dans les duels et dans l'impact. On l’a vu aussi en équipe de France où il s’est notamment illustré lors des victoires contre l’Angleterre à Wembley, contre le Brésil au Stade de France ou encore contre l’Allemagne à Brême… Dans les tests musculaires, je me souviens qu’il était toujours dans le top 3 au Stade Rennais. Yann a un bon niveau d’endurance. Mais il a besoin de beaucoup s'entraîner pour atteindre son poids de forme.

Humainement, il était apprécié au Stade Rennais ?
Oui, c’était un formidable partenaire très apprécié car toujours positif. J’ai le souvenir d’un garçon souriant, travailleur. Il était encore jeune, je pense qu’il est plus mature aujourd’hui. A mon sens, il a compris ce que voulait dire le haut niveau et ses exigences. Avec son potentiel, il aurait dû jouer dans un grand club européen. Mais il a raté sa chance. Il a joué à l’Inter de Milan, il devrait y être encore. Au fond de lui-même, il sait qu’il devrait évoluer dans un gros club européen, même s’il reste discret sur le sujet. A-t-il fait des mauvais choix de carrière ? S’est-il un peu perdu en allant en Russie ? C’est à lui de répondre à ces questions. Des erreurs de comportement extra-sportif ont sans doute perturbé sa progression.

Que t'inspire son retour en Ligue 1, à Sainté en particulier ?
Là pour le coup ça me semble un très bon choix sportif. Yann a besoin de repères. C’est un affectif. Sa rencontre avec Fred a été le déclencheur de sa carrière, ça c’est sûr ! Il a besoin d’évoluer sous la houlette d’un entraîneur qui le connaît bien. A Sainté, il va retrouver Jean-Louis Gasset. Manifestement, les deux hommes se connaissent bien et s’apprécient depuis qu’ils se sont côtoyés en équipe de France. Le fait de connaître le coach va faciliter la tâche. Yann va également retrouver Kévin Théophile-Catherine et Vincent Pajot, ça va l’aider à s’adapter rapidement à son nouvel environnement.

Yann va être très attendu à Saint-Etienne vu la situation délicate du club…
Quand bien même l’ASSE devrait jouer le maintien jusqu’à la fin du championnat, ça ne posera pas de problème. Yann a une forte personnalité et le stress n'existe pas chez lui. La seule chose qui m'inquiète un peu, c’est la blessure. Chez nous, il n’a jamais été blessé plus de cinq jours en trois ans. Mais l’intégrer de suite avec peu de préparation post-Noël pour un joueur qui retrouve la Ligue 1 et son intensité, ce n’est pas simple. Je pense qu’il arrivera à se mettre dans le bain et apportera une plus-value à l’ASSE. Progressivement, oui. Mais un club qui joue le maintien n’a pas le temps…

Yann a joué vingt matches cette saison avec le Rubin Kazan. Il n’a plus joué depuis cinq semaines mais devrait quand même être très vite opérationnel. A 27 ans, il est dans la force de l'âge !
Exactement, je lui souhaite vraiment d’être rapidement performant pour aider Sainté à remonter. C‘est ce que je lui ai dit cette semaine au téléphone. Yann m'a questionné également sur le club. Il connaît et apprécie le public stéphanois pour y être venu plusieurs fois avec le Stade Rennais. Je lui ai juste dit : « fonce, tu vas te régaler chez les Verts ! »

 

Merci à Nicolas Dyon pour sa disponibilité