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Pur produit de l'Étrat, ce jeune Lyonnais de naissance postulait à une place en Vert avant de devoir exercer son talent ailleurs.
Mais comme souvent, beaucoup d'appelés, peu d'élus. Et Mayi ne fut pas l'élu...


Nous sommes le 6 janvier 2013 et Saint-Étienne joue à Caen en seizième de finale de Coupe de France. Dans huit jours, le jeune attaquant formé à l'ASSE, Kévin Mayi fêtera ses 20 ans. Mais ce dimanche après-midi, c’est son anniversaire avant l’heure: pour la première fois, le voilà titularisé à la pointe de l’attaque stéphanoise.
Presque six ans après avoir rejoint le Forez et gravi tous les échelons au sein du club...


Caen-ASSE 2013: le match de Coupe de France qui révéla Kevin Mayi

Le jeune Ulrich Kévin Mayi (si on veut l’appeler par son prénom complet) arrive en 2007 à Sainté avec un handicap: il a commencé à jouer au football plus tard que la moyenne des garçons. Il lui manque donc certains réflexes et habitudes déjà bien intégrés par ses camarades. Mais ses différents formateurs sont tous d’accord sur le fait que Kévin a deux grosses qualités: il écoute et il travaille. Ses défauts (par exemple, son incapacité initiale à utiliser son pied gauche), il n’a de cesse de les gommer, tout en capitalisant sur des qualités physiques naturelles: sa vitesse, sa puissance et sa détente.
"C’est un TGV" - dixit Gilles Rodriguez - qui va au fil des années acquérir des compétences techniques, notamment dans les dribbles lancés, et tactiques, lui permettant de jouer dans l’axe et sur les côtés de l’attaque.

Dans le même temps, Kévin Mayi prend l’habitude de gagner. Champion U15 en 2009, il est la même année surclassé avec les U16 pour participer au tournoi de Montaigu, aux côtés d’un certain Idriss Saadi, d’un an son aîné. Kévin y inscrit d'ailleurs le but de la victoire finale. Malheureusement, la vie n’est pas un long fleuve tranquille: lors de la saison qui suit, il se blesse à la cuisse et traînera ce pépin quasiment un an et demi, ce qui le ralentira dans sa progression physique.


Mayi est le buteur phare de l'ASSE lors de l'aventure
Gambardella en 2011 et 2012

Même s’il participe à l’épopée 2011 en Coupe Gambardella (défaite en finale), Kévin Mayi n’a pas un gros volume de jeu. Ses formateurs s’accordent à dire que là réside sa difficulté à être 100% durant plusieurs matches d’affilée, voire tout un match. D’ailleurs, lors de cette fameuse première titularisation en pro contre Caen, on le verra dès la mi-temps incapable de reprendre son souffle devant le micro de France 3.
Malgré tout, Kévin s’accroche et ça paye ! 2012 est une année faste pour lui. De retour à 100%, il s’impose comme le leader de l’équipe Gambardella qui atteint pour la deuxième fois de suite le Stade de France: capitaine et buteur doublement décisif en demi-finale, Mayi intègre ensuite logiquement les équipes de France U19 puis U20. En club, il joue beaucoup en CFA mais pêche dans la finition. Qu’à cela ne tienne: il obtient sa première apparition en pro le 7 mai contre l’OM. Ses débuts dans le Chaudron sont appréciés mais le grand évènement, c’est la signature de son premier contrat pro à l’été 2012.


Kevin signe pro à l'ASSE en 2012. Le rêve de tout
jeune footballeur digne de ce nom

Le plus dur est-il fait ? Pas du tout: lui-même le dit, il doit encore travailler. D’ailleurs, Christophe Galtier ne le fait presque pas jouer. Pour la première moitié de la saison 2012-13, il ne participe qu'à 3 bouts de match et n’est pas systématiquement appelé dans le groupe pro, malgré les absences et les blessures des autres joueurs. Il n’empêche que contre Caen, il la tient, sa chance. Et il la prend: à la 24e minute, Kurt Zouma dévie de la tête un corner de Yohan Mollo. Au deuxième poteau, Mayi contrôle et frappe en pivot. Les filets tremblent. C'est son 5e match et son premier but.


Flair et finition du buteur maison

A la 68e minute, il quitte la pelouse du stade d’Ornano, lessivé mais avec en plus à son actif une passe décisive sur le troisième but stéphanois. Saint-Étienne se qualifie à Caen 3-2. Première titularisation, premier but et première victoire en pro: joyeux anniversaire Kevin !
On peut alors légitimement espérer que Kévin Mayi s’impose dans le groupe stéphanois. L’avenir ne sera malheureusement pas aussi rose: ses 8 apparitions suivantes sont aussi poussives que décevantes. S'il ne tremble pas en transformant 2 tirs au buts (contre Lille et Meaux), il ne retrouve plus le chemin des filets et perd son statut de joker offensif.

Du coup, l'ASSE décide de lui offrir du temps de jeu... mais ailleurs. A l'instar de son brillant prédecesseur Bafé Gomis, il est prêté en L2 pour s'aguerrir et revenir plus fort. Les Chamois Niortais, nouveaux partenaires des Verts l'accueillent à l'été 2013 mais ne le font pas jouer beaucoup. Tous les réguliers de l'Étrat espèrent pourtant voir Kévin mettre les gardiens de L2 au supplice et revenir briller sur le front de l'attaque stéphanoise pour faire honneur à la tradition des grands attaquants formés à l'ASSE. Las, après 27 matches (la plupart en tant que remplaçant) et 4 petits buts, son ratio niortais n'est pas jugé suffisant pour les dirigeants des Chamois qui le renvoient à Saint-Étienne à l'été 2014.


Mayi découvre les joies de la L2 en Deux-Sèvres à Niort

Kevin comprend alors vite qu'il n'entre pas dans les plans de Christophe Galtier, lequel vient de recruter deux attaquants en ce mercato estival: Kevin Monnet-Paquet et Ricky Van Wolfswinkel. Il est rapidement placé sur la liste des transferts: "Franchement, ce départ a été un peu difficile pour moi. Ils m'ont appelé la veille de la reprise de l'entraînement pour m'informer que je n'étais plus dans le groupe pro et que je partais en réserve. On m'a simplement indiqué que le club allait jouer le top 5 et qu'il valait mieux que je trouve quelque chose d'autre" (France Football)
Qu'à cela ne tienne ! Le voilà reparti en L2: le Gazelec Ajaccio de l'ancien Vert Thierry Laurey l'accueille début août et ne tarde pas à le révéler: Mayi inscrit un doublé à peine 15 jours plus tard. Il récidive à quatre reprises et parvient à se hisser à la surprise générale sur le podium en fin de saison: le Gazelec accède pour la première fois de son histoire à la L1 et Mayi peut ainsi revenir par la grande porte !


Kevin Mayi court après le ballon et la promotion en L1,
obtenue avec le Gazelec Ajaccio

Mais la saison 2015-16 du GFCO commence de manière catastrophique. Les Corses ne marquent leur premier but qu'à la 6e journée et n'ont toujours pas gagné lorsqu'ils se déplacent à Geoffroy-Guichard lors de la 10e journée. Évidemment lanterne rouge, le GFCO s'incline 2-0 et Mayi, titulaire, ne peut que constater que l'ASSE a bien progressé sans lui. Ce sera le point de départ de la remontée fantastique du Gazelec et celle de son jeune buteur.
L'apprentissage de la L1 est difficile mais Kevin inscrit son premier but en L1 face à Toulouse lors de la 8e journée. C'est alors sa 16e apparition dans l'élite, tous clubs confondus.


Premier but en L1 pour Mayi, enfin !

Un but qui en appelera d'autres, 4 autres pour être précis. Mais en 28 matches, cela n'est pas suffisant pour sauver le Gazelec, qui termine 19e et retourne en L2. Mayi, lui, se dit que c'est l'occasion de reprendre la route mais seul le NEC Nimègue, club du ventre mou d'Eredivisie (première division hollandaise), est intéressé. "Parfait", se dit Kevin, qui relève le challenge et s'en va inscrire ses 4 buts réglementaires en 26 matches, ce qui est bien mais pas top.
Et arrive ce qui devait arriver: défait lors de l'ultime barrage face à Breda, l'ancien Stéphanois vit sa seconde relégation en deux saisons de suite. Miaou, Mayi serait-il un chat noir ?

Alors après avoir visité le centre, le sud et le nord, Kevin s'en va dans le far west. Point de Sacramento ou autres Abilène ! Mayi devient un Ty'Zef, comprenez un joueur du Stade Brestois. Le club du Finistère joue les premiers rôles en L2 depuis sa relégation et la nouvelle recrue sent qu'il pourrait faire partie d'une nouvelle belle aventure. Malheureusement, s'il est important d'avoir du flair au moment de signer un contrat, en avoir face au but l'est d'autant plus. Et avec ses statistiques de 5 buts en 48 rencontres, il peine à convaincre son entraîneur Jean-Marc Furlan d'autant que ses adducteurs l'entraînent loin des pelouses dès l'arrivée de l'hiver. Il aura vécu à Brest ses deux premières et seules saisons blanches.


De retour en France, Kevin Mayi peine à s'envoler

Alors que fait un buteur qui ne marque pas de but en L1 ? Il s'expatrie dans un championnat moins huppé. Et à la fin des années 2010, c'est le championnat turc qui fait office d'eldorado pour les Français (et les anciens Verts d'ailleurs, de Gomis à Erding en passant par Gradel). Pour Mayi, ce sera Ümraniyespor en 2020 puis Denizlispor en 2021, les deux en 2e division turque. Pas dingue mais le Franco-Gabonais y est à son niveau, inscrivant quelques buts par ci par là pour le plus grand bonheur des fans des Horozlar (les Coqs), le surnom des joueurs de Denizli.


A Denizli, Mayi fait le coq

Mais qu'il paraît loin ce 6 janvier 2013, quand Mayi fêtait ses 20 ans ! Que le temps passe vite...