La saison 1996-1997 fût certainement une des pires de l'Histoire de l'ASSE, et pendant ce temps-là, je vivais l'une des pires années, intellectuellement parlant, de mon existence. En Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles au Lycée Fauriel de Saint-Etienne, je passais en effet de longs mois à essayer de comprendre la première notion de la première heure de la première journée de cours. Mon bourreau était le professeur de Mathématiques. De mon point de vue, il semblait évoluer dans un univers parallèle. Il constellait mes jours de signes algébriques étranges, et dérangeait mes nuits par des équations impossibles à intégrer ou dériver. Ou l'inverse.
Mais il aimait l'ASSE. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j'avais croisé cet alien au Stade Geoffroy-Guichard. Il semblait comprendre et apprécier ce jeu pratiqué par des êtres humains, et portait sans vergogne une écharpe de la même couleur que la mienne. Verte. Appelez ça comme vous voudrez, le ying et le yang, ou autre ; rien n'est donc tout noir, même dans le coeur des bourreaux.
Deux ans plus tard, j'avais quitté Fauriel, et les Stéphanois avaient quitté les dernières places de la D2. Il se murmurait même qu'ils allaient peut-être retrouver la D1. Et soudain, en plein jour et en plein centre-ville, je croisai mon agresseur mathématique. C'était ma chance. J'allais pouvoir le regarder dans les yeux et lui annoncer que malgré lui, j'avais fini par trouver ma voie, que j'allais devenir quelqu'un, qu'il ne m'avait pas dégouté des études.
Mais arrivé en face de lui, il reprenait le dessus. Comme au bon vieux temps. A peine bonjour. Et puis un "Celui qui a fait le plus de progrès, c'est Potillon". Et puis à peine au revoir.
"Celui qui a fait le plus de progrès, c'est Potillon". Tellement vrai. Nous sommes désormais le 11 mars 2000, et Popote, le petit défenseur timide venu de Louhans-Cuiseaux (ou l’inverse) a déjà fait souvent parler la poudre cette saison. La semaine précédente, il avait inscrit tel un renard des surfaces le seul but d’une victoire importante à Troyes (1-0). Sans oublier son coup de tête face à Marseille (5-1) ni son but venu d’ailleurs contre Le Havre (3-3). Et là, à la 53ème minute du match face à Rennes, il s’élève au second poteau pour smasher au fond des filets un corner de Pédron (1-0).
Et pendant que Geoffroy-Guichard exulte et que le promu ASSE se rapproche à quelques longueurs seulement du total de points nécessaire à son maintien en L1, une phrase venue d’une autre époque trotte dans ma tête. Celui qui a fait le plus de progrès, c’est Potillon.
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